Une des premières fois où je livre ainsi mon parcours de ces dernières années. Il y a bien diverses personnes qui ont des bribes, mais peu sont celles qui ont ceci. Et tout n’y est pas en plus…
Let’s go (on y va… pour les non bilingues) !
2010 – 2013

Ma vie pro en tant que comptable commence en août 2010. C’est génial ! À la suite de mon stage de 11 semaines en compta, mon boss me propose de m’engager temps plein et CDI.
Je m’investis, je fais les heures qu’il faut même si le travail ne diminue jamais. Au moins 1 samedi par trimestre on travaille pour la période TVA. C’est devenu une habitude. Un rendez-vous presque, avec les collègues.
À ce moment là, la plus grosse période de l’année niveau délai est octobre : déclarations TVA + déclarations fiscales indépendants et particuliers + déclarations sociétés.
Octobre 2012, j’ai donné suffisamment. J’ai demandé qu’on organise mieux le travail etc., je ne suis pas entendu. J’ai déjà fait 2 samedis et je refuse de faire le troisième. Toutefois je culpabilise. Je me demande si j’ai bien fait. Je me lève tardivement ce samedi là. Je parle de cette culpabilité, de cet inconfort. Je me remets en question mais j’aurais voulu du soutien. Simplement.
On me répond « tu aurais peut-être dû y aller ». J’ai déjà beaucoup donné et ce n’est encore pas suffisant. J’explose. C’est la seule fois où c’est arrivé et ça n’aurait même pas dû arriver mais la gifle part. C’est un électrochoc pour moi aussi.
Je ne comprendrai que 10 ans après que c’est une des manifestations de mon intensité.
Je suis dans un secteur où on trouve du travail sans trop de souci. Le hasard fait bien les choses. Un chasseur de tête prend rendez-vous au bureau pour proposer d’éventuels candidats le jour où nous en aurions besoin. C’est moi qui le reçoit. On parle de ma situation et finalement il me trouve un job. Démission en janvier 2013, préavis et nouveau poste en mars 2013.
C’est aussi à ce moment que je termine mon stage pour être agréé comptable fiscaliste, je passe l’examen de sortie et le réussi.
C’est à l’issue de cette période que j’ai déjà pris un gros coup et que je suis nettement plus réticent à m’investir autant. Ce n’est plus aussi normal pour moi.
2014-2018

En juin 2014 j’ai changé de job depuis 1 an et demi et je me dis pour la première fois qu’en fait c’est peut-être le métier qui me pose problème. J’ai à ce moment-là 25 ans… C’est tôt quand même pour déjà en être là.
Je continue pourtant en fiduciaire, je continue le stage de 3 ans pour être expert-comptable certifié… Même si les 7-8 samedis par an de séminaire à Bruxelles me gonflent profondément.
Au quotidien, la diversité des cas rencontrés et les apprentissages me permettent de détourner mon attention.
Le temps avance, l’ennui s’installe de plus en plus. La perte de sens aussi. Même si à ce moment là j’identifie plus l’ennui que la perte de sens. Pourtant elle était déjà bien là. Lors des trajets en voiture, voir les animaux morts le long de la route m’impactent de plus en plus et accentuent le décalage entre l’utilité que je veux avoir et celle que j’ai réellement.
En 2017 je suis certifié expert-comptable et je change de fiduciaire fin 2017, erreur de parcours, je n’y resterai que jusqu’en juin 2018.
Juin 2018, nouvel emploi, nouveaux challenges en quelques sortes. Encore une fois c’est le changement, la nouveauté, apprendre des choses, qui me permettaient de tenir.
En tant qu’expert-comptable certifié il faut faire en moyenne 40heures de formation par an. Jusqu’ici ces heures étaient faites en dehors de l’horaire de travail (souvent parce que l’employeur ne comptait pas ça dans les heures). À partir d’ici, je mets une limite. Je ne veux plus donner de moi pour ça. Formations ok, c’est important mais ça sera la plupart du temps dans l’horaire de travail.
2019, l’année des débuts (de la fin)

Ça tient un an. On est maintenant en 2019. Je n’arrive plus à évoluer et je n’en peux plus. J’ai physiquement la sensation que j’ai juste envie de me lever, retourner mon bureau et partir. C’est mon quotidien. Jusqu’au jour où en allant au travail en vélo (quotidiennement) je vois une corneille blessée sur le bord de la route. Je ne peux pas la laisser là. Je fais demi-tour, récupère ma voiture et une caisse, passe la récupérer, préviens que je serai en retard, appelle des vétérinaires. Ils ne peuvent s’en occuper et me redirige vers un centre CREAVES. J’apprends ainsi l’existence de ces centres de revalidation pour la faune sauvage.
C’est donc en 2019 que je découvre le CREAVES, échange avec la responsable (qui est aujourd’hui une amie) et deviens bénévole soigneur pendant mes congés. À cette époque-là je lui parle du fait que je ne supporte plus les gens (j’en parlerai dans un autre article) et elle me parle d’une formation à distance en soins animaliers.
Début, mi 2019 j’intègre une coopérative. Une « super »marché bio. J’intègre l’équipe finance. Je prends brièvement le rôle de responsable. Très mauvaise idée. Ce que je ne supportais plus au quotidien je le refaisais en dehors. Je pensais qu’avec une autre finalité, dans d’autres conditions, ça irait. Mais non.
Ajoutez à cela le fait que normalement c’était 3h par mois mais que sur le mois d’août 2019 j’étais à 36 heures… Je me dis que ça ne pourra pas tenir ainsi.

C’est aussi en 2019 que je deviens bénévole pour le WWF comme animateur alors que je n’ai jamais fait ça. 1 semaine complète avec des enfants qui restent H24 avec nous alors que je n’ai pas d’enfant. Sacré challenge et je le relève (sans perte d’enfant…). Une fatigue comme j’en ai rarement connu. Une bulle, un autre monde. Mais cette bulle éclate à mon retour et le retour à la réalité est assez rude. Je m’effondre en rentrant chez moi.
C’est à cette période que j’ai activement commencé à compenser mon mal être quotidien dans l’espoir de pouvoir trouver une piste, une solution et sortir de la compta. J’avais même dit à mon employeur que « je ne finirai pas ma vie en compta ». Mais je ne savais pas encore ce que je ferais.

Suite aux échanges avec la responsable du CREAVES je m’inscris à la formation à distance pour devenir soigneur animalier. Génial ! Acquérir des compétences, pouvoir déboucher sur autre chose… J’y vais ! Malgré le fait de bosser sur les cours en soirée et le week-end.
Et comme ce n’était pas suffisamment je prends finalement un 4/5ème pour être stagiaire soigneur dans un parc animalier 2 jours semaines et pendant les congés. Donc oui… au final je bossais plus que mon temps plein…
Je suis toutefois « raisonnable ». J’arrête quand même la coopérative à ce moment-là.
2020

C’était déjà trop. En 2020 j’alterne le parc animalier avec un stage d’assistant vétérinaire rural. Dans les deux cas ça me donnait une bouffée d’oxygène monumentale. Cette journée dans la semaine me permettait de tenir le reste de la semaine en comptabilité.
Le télétravail me faisait beaucoup de bien. Je travaillais tout autant que sur place (normal en fait…) mais j’avais moins de contact.
Au parc animalier il y a un peu de mouvement dans le personnel. J’espère avoir une place. Malgré le fait qu’on soit content de moi, on prend d’autres personnes. Déception, colère, tristesse. J’en fais le deuil.
Contre toute attente, fin 2020 on me propose une place. Je passe l’entretien. J’obtiens le poste et l’accepte. Pourtant je ressens un inconfort, quelque chose ne va pas. Ce n’est pas juste la peur du changement ou de l’inconnu. C’est autre chose. En plus j’en avais fait mon deuil.
Pour officialiser ce changement, je démissionne même de l’institut des experts-comptables. Je renonce à ce titre pour lequel j’ai investi des années. Je sais que j’ai un délai pour le redemander sans passer les examens. Ça me sécurise et en même temps je fais un pas vers cette sortie de la compta.
Je me rends compte que la source de ma démarche était d’aider le vivant. Comme avec le centre CREAVES par exemple. Et là, je me rends compte que je vais simplement travailler à maintenir les animaux en captivité. Alors oui je peux améliorer leur cadre de vie, etc. etc. mais j’ai réellement un conflit interne. Je prends le temps de laisser l’information « infuser ». Le malaise persiste. Après plusieurs jours je décide de rappeler et décliner la proposition mais je veux continuer mon stage.
En 2019, 2020, 2021 et 2022 je fais des heures supplémentaires pour les récupérer au moment des camps WWF car j’ai renouvelé l’expérience de 2019.
2021-2022 Début de la fin

En août 2021 le stage au parc animalier se termine. Je reste un jour semaine avec le vétérinaire jusqu’en août 2022 puis ce stage aussi se termine.
Je m’effondre une nouvelle fois. Quand je pense à cette journée de la semaine où je n’ai plus rien, j’ai la sensation et la vision du néant. Ça prend quelques jours mais je reprends le dessus. Je m’accroche à ce que je peux.
Bien sûr la question de « je reprends donc un temps plein en compta » m’a effleuré l’esprit mais elle n’a fait que l’effleurer. C’était même physique, je n’arrivais pas à le concevoir.
En septembre 2022 j’entame un coaching pro. Je veux trouver des solutions et sortir de ça. La coach est sympa. On utilise un outil pour découvrir mes moteurs. Je dois répondre à des questions mais je suis complètement perdu et je verbalise clairement « Je ne sais pas si je réponds par rapport à la personne que je suis réellement ou si je réponds par rapport à la personne que je crois être ». La question n’est pas creusée et finalement quand on termine en janvier 2023 j’ai avancé mais pas tant que ça en fait.
Spoiler alert: je réaliserai par la suite qu’effectivement mes réponses étaient faussées. Donc… les résultats aussi…
2023 : ça bascule et accélère

2 semaines passent et je fini par contacter (début 2023 donc) quelqu’un d’autre qui m’a été recommandée. Une psy qui fait aussi du coaching (je simplifie).
La délivrance ! Vraiment ! Déjà rien que le contact au téléphone elle détecte mon hypersensibilité : je peux ENFIN comprendre certaines choses. Parce que pendant toutes ces années je me suis vu comme le gars jamais content, trop exigeant, trop difficile, qui se prend trop la tête, qui ferait mieux de se contenter de son boulot, l’extra-terrestre, etc. etc. En résumé : j’étais le problème, le fautif, l’inadapté.
En février 2023 je commence une formation en horaire décalé appelée « maîtrise en management environnemental ». Je me rapproche encore un peu plus du secteur environnemental.

En parallèle la carapace se fissure, je me découvre grâce aux rendez-vous avec la psy / coach mais en avril 2023 je suis épuisé de tout ça. Je n’en peux plus. Ma psy me dit « arrête-toi 15 jours c’est nécessaire, tu ne vois plus rien » (ne plus rien voir au niveau des pistes de solutions, des alternatives, etc.).
Sur le moment j’ai ressenti un énorme soulagement mais je me suis senti aussi super honteux de ressentir ce soulagement instantané. Qu’on soit bien clair… mon corps, mon visage avait déjà réagis avant même que j’en prenne conscience.
Elle ne me laisse aucun délai : « Maintenant tu vas chez ton médecin, tu lui expliques ». Ils se sont d’ailleurs entretenu plusieurs fois. Merci à eux de m’avoir soutenu.
Ça ne m’a pourtant pas empêché de négocier pour finir la période TVA. Ce que j’ai fait. Puis j’ai été voir mon médecin. Début d’absence le jeudi 19 avril 2023 (jour de mon 4/5ème). Pourtant, là encore j’ai tenu à terminer un dossier. J’y ai passé la matinée. J’ai terminé en pétant littéralement une case. Au moins j’aurais été au bout, mais je n’aurais pas pu aller plus loin.
On a qualifié ça d’épuisement, de burn-out mais encore aujourd’hui je ne sais pas comment le qualifier. Burn-out, bore-out, brown-out. Au final peu importe. Il y avait un « beaucoup trop », j’arrivais au bout.
À ce moment-là, je pensais encore que je recommencerai après les 15 jours. Mais finalement j’ai dû prolonger cet arrêt malgré la culpabilité et le regard des autres. Parce que, dans ces cas-là, ce n’était pas qu’une sensation : je devais me justifier, « prouver » en quelque sorte à mon entourage et ça me culpabilisait encore plus (sans parler des rendez-vous mutuelle). Là encore j’étais le problème.
En juillet 2023, je participe à une université d’été sur le climat (avec accord de la mutuelle évidemment !). Je me rends compte que beaucoup de personnes présentes sont en pleine recherche, comme moi. En perte de sens, comme moi. Des rencontres grâce auxquelles j’ai avancé. Merci.
Encore une fois moyennant accord médical je poursuis comme je peux la formation en management environnemental et je la termine. C’était important pour moi d’être « outillé » pour rebondir. Je ne voulais pas me retrouver, à la reprise du travail, à reprendre cette formation et pendant ce temps survivre comme je pouvais et devoir encore compenser etc.
2024

En 2024, je n’ai pas envie de rentrer dans les détails mais disons ça ne se passe pas forcément super bien avec mon employeur qui prend ça contre lui. On me dit, entre autres, que je ne me suis pas tracassé d’eux.
Les rendez-vous avec la psy se sont poursuivis et j’ai réalisé que je ne retournerai pas en compta. Le contrat est rompu pour force majeure médicale en 2024 et c’est très bien comme ça. Un poids se libère.
Mais toujours sans savoir ce que j’allais faire. Au moins la place est libre pour le nouveau, pour avancer.
C’est alors peu de temps après que je peux me remettre en marche et je commence le parcours d’accompagnement avec la couveuse d’entreprises qui me permet d’aboutir aujourd’hui à ce que je propose et ça évoluera (très) probablement encore.
2025

C’est l’entièreté de ce parcours (et encore d’autres choses), pas toujours facile en effet, qui fait qu’aujourd’hui je suis le professionnel qui vous accompagne.
Bien sûr que ça été dur.
Bien sûr que je me suis demandé où j’allais et même si j’allais quelque part. Encore parfois je me le demande.
Bien sûr qu’il y a eu énormément de doutes. Et il y en aura encore.
Mais c’est tout ça qui a permis de « confronter » et de dire « ça ok » et « ça pas ok ». Par l’exploration, j’ai avancé et je continuerai d’avancer. Même s’il y a des jours où, comme beaucoup, j’ai encore des gros moments de doutes et même de colère parfois. Mais j’avance…
Le but est toujours le même : trouver des solutions.

